Proposition de diagnostic de la situation
Améliorer la gestion des temps, rationnaliser son usage pour les usagers, travailler à un meilleur accès aux services par une révision des horaires c’est bien. Mais est-ce suffisant ? Peux-t-on penser la modernisation et l’adaptation pour les gens et à leur place ? La solution tient-elle dans un traitement à distance des situations à grand renfort de systèmes d’information décisionnel ? Faut-il former, en 2 ou 3 jours, des groupes d’habitants experts ? Ou faut-il se donner le temps, jardiner l’espace public ?
Le danger des postures d’expertise c’est que souvent la portée surplombante l’emporte sur celle opérationnelle. Autrement dit, on croit résoudre un problème les pieds bien ancrés dans le sol du quotidien et on en invente d’autres au passage. La difficulté viendrait de ce qu’une posture d’expertise a du mal à prendre en compte la diversité au sein des réalités de vie faute de dignostic réel des situations (qui par nature évoluent).
La 27ème Région mène actuellement un travail très intéressant sur la modernisation du système politico-administratif. Pour C. PAUL celui-ci rencontre trois écueils principaux :
- il souffre de nombreux défauts de conception,
- il ne sucite plus le désir,
- il peine à prendre en compte les pratiques des citoyens.
Jusque là, la réponse quasi-systématiquement apportée l’a été en prenant appui sur le “management public”, c’est à dire un appareillage d’outils de gestion supposé être le chien fidèle du décideur mais qui, en situation, s’avère être une technologie invisible porteuse, en partie, de sa propre rationalité (sur ces questions voir les travaux de M. BERRY – 1983). Il faudrait ajouter à cela la difficulté de fond qui tient dans des outils de gestion élaborés sur une hypothèse forte de rationalité (hypothèse pourtant largement discutée) et dont les plus dignes représentants sont les contrats. Faut-il rappeler qu’un contrat reste incomplet par nature ? En d’autres termes, là où l’on croit construire des systèmes robustes, on ne fait qu’élaborer des mécanismes d’horloger de papier prêts à s’écrouler dès lors qu’une des parties jugera bon de ne pas respecter ses engagements.
Aujourd’hui, discrètement, cette approche est remise en cause jusque dans les rangs de l’OCDE. Le New Public Management s’étant retrouvé au pied du mur, on peut constater combien il est un mauvais maçon. Ce que C. PAUL résume sans doute par cette formule : “Après l’époque des fables technocratiques, l’innovation sociale est de retour” (in avant-propos à l’ouvrage “Le désign des politiques publiques”).
En prenant appui sur les travaux de la 27ème Région et d’autres auteurs il est possible de dégager des axes de travail permettant de donner du sens auprès des populations et de compléter ainsi la construction de l’intérêt général mis à mal par les particularismes locaux, les spécificités diverses et variées, le discrédit envers le Politique.
Les axes de travail
- Réaffirmer l’expérience collective du territoire,
- Passer à une administration ouverte et co-produite,
- Réinventer la médiation humaine,
- Prendre appui sur les TIC pour réenchanter le débat public, redonner le goût de faire Cité,
- Travailler à la Justice et à la Justesse des lieux communs (faire en sorte que les territoires soient adaptés à chacun (ce qui appelle la prise en compte de la complexité) et qu’ils parlent à tous (qu’ils soient familiers) ceci dans la perspective des travaux des économistes des conventions et notamment du programme des “Economies de la Grandeur” de L. BOLTANSKI et L. THEVENOT,
- Cesser de voir les objets (courants et les instruments de gestion) comme les chiens fidèles d’une rationalité extra-lucide mais plutôt comme les supports cognitifs collectifs de la coordination et de la coopération,
- Sortir de la Démocratie du sommeil et regarder qui sont les utilisateurs des territoires le jour et la nuit, au cours de l’année,
- Articuler ces avancées avec l’attractivité du territoire.
Le chantier de la réforme territoriale est ouvert. On peut discuter la méthode, les intentions, les résultats attendus et à attendre. Reste qu’il offre une opportunité : revisiter nos identités d’acteur public local. Voulons-nous voir se développer des territoires privatisés, des territoires externalisés (les politiques publiques étant massivement achetées sur étagère auprès d’opérateurs), des territoires technicisés (laissés aux mains d’experts et de netocrates) ? Ou bien voulons-nous équiper les territoires dans une perspective de développement des capacités des acteurs, faciliter la co-production des lieux entre le Politique, l’administratif et les utilisateurs ?